Qualités d’entrepreneur(e) : le syndrome de l’imposteur

Vous vous lancez dans l’aventure entrepreneuriale et votre saboteur interne vous titille encore plus que d’accoutumée ? C’est le signe que vous êtes capable de vous remettre en question, une aptitude très appréciable et appréciée, surtout pour un(e) entrepreneur(e).

« Tu n’es pas assez compétent(e)… Tu es sur(e) d’être à ta place ? Il y a dû y avoir une erreur quelque part. D’autres sont surement plus qualifié(e)s que toi. Ils vont le découvrir ! » Si cette petite voix est déjà venue vous susurrer ses croyances limitantes à l’oreille, dites-vous que vous n’êtes pas seul(e) ! D’après une étude publiée dans la revue Journal of Behavioral Science (1), nous serions près de 70 % à nous infliger ce type de discours…

Alors pourquoi ? Qu’est-ce c’est concrètement ce fameux « syndrome de l’imposteur » ? Où trouve-t-il son origine ? Et surtout - surtout ! - que peut-on mettre en place pour le gérer ?

Saboteur, comment te manifestes-tu ?

C’est un état psychologique (et non une maladie ou une pathologie) qui se traduit par un sentiment d’illégitimité, une mise en doute constante de nos compétences. Face à un objectif, il nous pousse à osciller entre deux types de comportement :

  • Perfectionnisme : on se surinvestit et s’épuise à la tâche
  • Procrastination : découragé(e), on se sous-investit. On fuit les situations où l’on est mis(e) en avant ou on s’auto-sabote par des actes manqués.

Aucun de ces cas de figure ne peut perdurer et in fine cela engendre du doute, de l’anxiété, voire de la honte. Ce qui provoque des ruminations qui, à leur tour, vont nourrir notre saboteur.

On ne manquera pas de s’attribuer la responsabilité d’un échec, avec des pensées limitantes telle que « Je suis nul(le) ». Alors que face au succès, on octroiera notre réussite à des facteurs externes en nous disant « J’ai eu de la chance ».

« Le syndrome de l'imposteur se base sur un ensemble de croyances erronées qu'il faut remettre en question pour (…) un système de pensées plus juste et surtout plus favorable au bien-être. » (2)  Si cela vous intéresse, il existe un test nommé « l’échelle de Clance » (3) permettant de savoir dans quelle mesure nous en sommes affecté(e)s.

Saboteur, d’où viens-tu ?

La réponse est à chercher du côté d’un égo malmené. Durant notre développement, on a pu avoir le sentiment que notre entourage ne croyait pas suffisamment en nous. La croyance selon laquelle on devait compenser a alors eu tout le loisir de s’installer. Être issu(e) d’une minorité peut aussi jouer dans ce sens. A l’inverse, si l’on attendait beaucoup de nous, nous avons pu nourrir le sentiment de n’être – et de ne faire – jamais assez bien…

Si on a longtemps considéré que ce syndrome touchait majoritairement les femmes, on s’accorde aujourd’hui sur un ratio moitié/moitié (4). Notre position professionnelle serait une cause plus importante d’auto-sabotage que notre genre. Plus on a de responsabilités, plus on peut craindre de ne pas en être digne.

Les causes sont multiples mais elles trouvent toutes racine dans un manque de confiance en soi. Et c’est une bonne nouvelle cachée car on peut travailler sur nos croyances et développer une meilleure estime de soi. Notez bien cette distinction fondamentale : le syndrome de l’imposteur est une incapacité à intérioriser le succès, pas une incapacité à l’atteindre !

5 trucs et astuces anti-saboteur

  1. Comprendre son utilité. Les pensées limitantes et le syndrome de l’imposteur existent pour nous éviter de prendre des risques inconsidérés. Ce ne sont pas des ennemis à éliminer mais un signal à écouter, une composante de notre personnalité à apprivoiser.
  2. Accepter l'imperfection. Seul celui qui ne fait rien ne risque pas de faire des erreurs !
  3. Accepter les compliments et les retours positifs. Vous pouvez les noter pour les relire au besoin.
  4. Eviter de se comparer. Concentrez plutôt votre attention sur ce qui vous rend unique.
  5. Méditer. Ce sont - seulement - des pensées ! S’ancrer ici et maintenant par le biais de la respiration renforce notre capacité à agir dans le moment présent et à réagir à ce qui est réellement là. Et pas dans notre tête par rapport à un passé à recomposer ou à un futur toujours un peu trop proche…

3 exercices pratiques « anti-sabotage »

La dissociation

Notre saboteur interne ne définit pas toute notre personnalité. Ce n’est qu’une partie de nous. Pour visualiser cette dissociation, trouvez-lui un nom, visualisez-le à côté de vous et adressez-vous à lui : « Je reconnais que tu existes et ton utilité, mais là, ce n’est pas le moment, j’ai des choses à faire et tu ne m’aides pas. On discutera tous les deux quand je le déciderai. »

Bien qu’il puisse paraître loufoque, cet exercice fonctionne bien pour relativiser et se replacer en position de pouvoir.

Le pacte

Sur une feuille vierge, remplissez les champs ci-dessous de façon spontanée et à la main. (Les férus de neurosciences ne seront pas surpris, l’écriture manuscrite stimule davantage notre mémoire et notre créativité).

  1. Quel objectif est-ce que je veux atteindre ?
  2. Me connaissant, comment je pourrais m’y prendre pour me saboter ?
  3. Auto-sabotage n° 1
  4. Parade n° 1 (répétez ceci 3 fois en tout)
  5. Je m’engage à repérer ces comportements dès leurs premières manifestations et à mettre immédiatement en pratique leurs parades pour me replacer dans une trajectoire de réussite.
  6. Datez et signez. (5)

Vous vous engagez ainsi vis-à-vis de vous-même avec autant de sérieux que si c’était pour une personne tierce, et à partir de… tout de suite !

Les défauts de mes qualités et les qualités de mes défauts

  1. Dressez la liste de vos défauts
  2. Dressez la liste de vos qualités
  3. Pour chaque défaut, notez l’aspect positif qu’il engendre (par exemple, pour le défaut « je n’ai pas confiance en moi » -> je sais me remettre en question pour m’améliorer)
  4. Pour chaque qualité, notez l’aspect négatif qu’elle entraine (par exemple, pour la qualité « empathique » -> je m’épuise à porter ce qui ne m’appartient pas et fais l’autruche sur ce que j’ai à régler moi-même.)

La lecture qu’on a de nous-même peut être bien subjective… Nos vrais alliés ne sont pas forcément les qualités apparentes. On gagne toujours à mieux se connaître pour s’accepter comme on est, avec bienveillance et… confiance.

Qu’avez-vous pensé de cet article ? N’hésitez pas à le partager. Nous sommes curieux de savoir si cela vous a été utile et si cela vaudrait la peine de creuser le sujet lors d’un atelier dédié par exemple.

 

Pour aller plus loin :

(1) étude publiée en 2011 dans la revue scientifique Journal of Behavioral Science cosignée par Jaruwan Sakulku et James Alexander (EN) / (2) Johanna Rozenblum, psychologue (FR) / (3) Test : échelle de Clance / (4) ratio de genre / (5) exercice le pacte

 

Bibliographie :

  • The Secret Thoughts of Successful Women. Why capable people suffer from the impostor syndrome and how to thrive in spite of it, Valerie Young, Crown Publishing, 2011.
  • Le Syndrome de l’imposteur Sandi Mann, Leduc, 2020.

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