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Le métier passion, ce qui est génial, c’est qu’on croit en ce qu’on fait. Voilà, moi, j’y mets mes tripes et je sais pourquoi je me lève le matin.

Tout plaquer pour faire de sa passion son métier

Céline Camara

Comédienne professionnelle et formatrice en improvisation théâtrale depuis 2018

De salariée à entrepreneuse 

Juste pour donner un peu de contexte, moi j’ai fait des études de droit. J’ai commencé à travailler comme doctorante salariée, donc j’écrivais ma thèse. Et en même temps, je donnais des cours de droit à la fac à Luxembourg, à Nancy, on préparait des conférences, etc. À peu près un an après ça, après être arrivée ici, j’ai eu envie un peu de rencontrer d’autres gens que des juristes. Donc je cherchais une activité et j’avais découvert l’improvisation théâtrale quand j’étais en terminale, donc vers 18 ans. Mais j’en avais plus fait après et c’était quelque chose qui m’avait vraiment plu. Et donc, j’ai découvert une petite association ici qui s’appelle le Pôle Impro Luxembourg « Le POIL ». Et je les ai rejoints. Et ça a été un coup de foudre pour cette discipline artistique et en même temps aussi pour l’univers de l’impro. Il y avait des psychologues, des profs, des luxembourgeois, des belges, des français… Et donc ça a commencé à prendre énormément de place dans ma vie. On organisait des spectacles, on jouait, on se déplaçait en France, en Belgique, en Suisse… Et comme moi, mon travail était assez flexible, il fallait que je fasse ce que j’avais à faire, mais je n’avais pas des horaires hyper stricts, l’impro a commencé à prendre de plus en plus de place. Ma thèse n’avançait pas et donc je suis arrivée à un moment où j’étais à la fois épuisée parce que je n’arrivais plus à travailler, que je ne pensais qu’à l’impro et donc j’ai fait une thérapie parce que je n’allais pas bien. Et dans cette thérapie, je me suis rendu compte, en fait, que je n’avais pas vraiment fait de choix. Pourquoi est-ce que je faisais du droit ? Je le savais pas vraiment. Et je me suis demandé ce que j’avais vraiment envie de faire. Et donc, c’est comme ça que j’ai décidé d’arrêter le droit.

Les réactions de ton entourage

Les réactions étaient vraiment très bonnes. Il y a bien évidemment des gens plus ou moins proches qui, en entendant un tel changement, je pense qu’ils se projettent aussi. Il y a quelque chose qui vient aussi questionner là où eux-mêmes en sont dans leur vie. Mais j’ai eu des gens que je ne connaissais pas beaucoup qui m’ont pleuré dans les bras en me disant : « C’est génial ! Vis ta vie. Moi, c’est quelque chose que je ne pourrais pas faire. » D’autres personnes qui étaient là : « Mais comment tu vas faire ? Mais financièrement ? Machin… Etc. »

Le courage de se lancer

En fait, je crois, pour moi, enfin… Cet échec, parce que c’est un échec pour moi de ne pas avoir fini ma thèse, que je vis extrêmement bien, mais cet échec a été fondamental. Je n’avais jamais rencontré dans ma vie de difficultés aussi fortes académiquement, professionnellement, finalement aussi personnellement. Et j’avais besoin de, je pense, d’être dans ce gouffre complet pour me demander : « OK, qui tu es ?  » « Qu’est-ce que tu fais ? » « Qu’est-ce que tu as envie de faire ? » Donc, clairement, je suis persuadée que si je n’avais pas été au bout de l’échec de cette thèse, aujourd’hui, je ne serais pas là.

Les étapes pour se lancer

Je me destinais plutôt à un modèle, disons, de formatrice en improvisation théâtrale. Comédienne, animatrice d’ateliers dans cette compagnie que j’allais rejoindre et aussi improvisatrice, à jouer sur scène. Peut-être comédienne en jouant dans des pièces de théâtre, mais du coup, il y avait cette idée de trouver un équilibre entre donner de la formation parce que ça permet finalement aussi de vivre, d’avoir un revenu régulier, tout en essayant de continuer de me former à tout ce qui est le métier de comédienne, au jeu.

Il fallait que je devienne indépendante ici et j’ai suivi la formation « Fit for Entrepreneurship » à l’époque, qui est organisée en partenariat avec l’Adem. Et donc, on avait d’abord des cours de compta, de marketing… Tous ces trucs-là… Moi, j’étais super bien parce que j’adore l’école donc je prenais mes notes, tout ça… On avait des examens à la fin. En plus, je déteste les math et j’ai eu une super bonne note en compta et je me suis dit… Ça m’a rassurée parce qu’en fait, moi, je me dis : « Je vais devenir comédienne improvisatrice formatrice. » En fait, je vois que, quand même, il y a de la compta, il faut gérer ses budgets… Finalement, ça prend beaucoup de temps et donc c’était hyper rassurant d’avoir cette overview là de tout ça. Et ensuite, ce qui était très chouette, c’est qu’on avait des ateliers thématisés et aussi un tuteur, donc quelqu’un qui nous suivait pour, pour la plupart, créer une sorte de business plan. Et donc, j’avais une comédienne moi, qui est aussi formatrice et coach, qui m’a accompagnée. Donc, c’était bien pour découvrir un petit peu les réalités aussi du métier. Ici à Luxembourg, là où moi je ne connaissais personne, pas grand monde à l’époque.

Avoir un métier-passion

Le métier passion, ben ce qui est génial, c’est qu’on croit en ce qu’on fait. Voilà, moi, j’y mets mes tripes et je sais pourquoi je me lève le matin. Et puis c’est juste fort. C’est dur à expliquer, mais c’est juste génial parce qu’à la fois, c’est beaucoup de travail, mais c’est tellement jouissif ! Donc ça, c’est vraiment la chose géniale parce que, du coup, je me sens bien en tant que personne aussi.

Et les inconvénients, c’est que, comme on aime ce qu’on fait énormément, on ne compte pas. Et donc, ça, le fait qu’on compte pas et que, du coup, ça déborde de partout… Je pense que c’est aussi quelque chose qui est très commun quand on devient entrepreneur.e, que ce soit un métier passion ou pas. Mais en fait, il y a ce côté où on ne compte pas ses heures. Donc, en fait, je travaille tout le temps, pratiquement. Il y a cette difficulté aussi d’allier ça avec une vie familiale et une vie personnelle dans laquelle on n’a pas forcément les mêmes horaires. Et aussi, l’autre chose, c’est continuer à faire autre chose parce que du coup, c’est un métier passion donc ça prend vraiment toute la place, partout, partout… Et en fait, du coup, on a peut-être moins de loisirs et donc voilà, c’est un petit peu ça.